Heureux qui comme Leto...

"Je suis professeur. C'est-à-dire que, hors d'une classe, je ne suis bon à rien." ( Marcel Pagnol )

dimanche 8 février 2009

Du code barre au flingue !

Ami Lecteur,

adjani2peut-être as-tu déjà découvert ou entendu parler de la bande annonce du nouveau film dans lequel réapparaît Isabelle Adjani ?
La journée de la jupe, sortie le 25 mars 2009 !
Tu découvriras la bande annonce à la fin de cet article !
En la visionnant, je n'ai qu'une envie :
( non, pas acheter un flingue ! lol )
Voir ce film !
Dans mon collège, j'ai découvert un nouveau système de feuille d'appel...
Si, si, rappelle-toi Ami Lecteur quand tu étais élève... On fait l'appel à chaque heure, histoire de vérifier que nos lascars ne se sont pas échappés... Enfin, pour certains, on préfère les avoir absents que présents en cours ! Mais bon, on ne peut y échapper, il faut faire l'appel !
Et bien, dans mon collège donc, les feuilles d'appel sont truffées de codes-barres.
Tout en haut, des codes barres pour la matière, le nom du professeur, etc..
En dessous la liste des élèves, avec un code barre accompagnant chaque nom.
Et ensuite des codes barres pour la mention absent, présent, retard, etc...
Moi, je coche toujours avec l'éternel stylo de prof, mais à la Vie Scolaire, ils ont l'appareil j'imagine pour utiliser directement les codes-barres au moment d'enregistrer les absences du jour.
Pour rigoler, j'ai dit aux élèves que la prochaine étape, ce serait le tatouage du code barre en question sur leur nuque, et qu'au lieu de cocher sur ma feuille d'appel, j'aurais alors l'appareil comme dans les caisses de supermarché BIP BIP, et il me suffirait BIP BIP de passer entre les rangs BIP BIP et de faire passer l'appareil en question derrière la tête de chaque élève présent...
De l'élève article de supermarché orné d'un code barre au flingue du film La journée de la jupe, il n'y a qu'un pas !
Bref...
Regarde la bande annonce de ce film. Je l'ai adorée, et comme Emi le dit si bien dans son article Et ma main dans ta gueule :  j'adore la fin de cette bande annonce !
ET MA MAIN DANS LA GUEULE !
ça c'est de la réplique !
ça c'est du pédago comme on en redemande ! lol
Synopsis du film :
Sonia Bergerac est une enseignante qui ne rêve pas d'aller prendre un verre avec ses élèves et de faire mille et une «activités ludiques» avec eux. Elle rêve simplement de leur faire découvrir Molière. En butte à des collègues et un directeur qui la prennent pour un dinosaure, elle «pète les plombs», comme on dit à Paris. Découvrant une arme dans les affaires d'un de ses élèves, elle prend le groupe en otage.
Tout le film se déroule dans le huis clos d'une classe alors que l'escouade tactique encercle l'école. C'est donc avec un revolver sur la tempe que les élèves réciteront Le Bourgeois gentilhomme.

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lundi 24 novembre 2008

Passeur d'histoires

Ami Lecteur,

mon métier est le plus beau du monde.
Je suis prof de français, au cas où tu ne t'en étais pas encore rendu compte...
Le prof de français, c'est celui qui raconte des histoires, celui qui lit des histoires, celui qui les connait et qui va les transmettre.
Le prof de français, c'est un passeur.
Un passeur d'histoires.
Et parfois, ce sont les élèves qui deviennent les passeurs.
Et là, c'est merveilleux...
Ce soir, il m'est arrivé encore plus merveilleux.
Stella3Ma fille de dix ans est devenue le passeur d'histoires.
Nous sommes allés nous inscrire à la bibliothèque toute proche de chez nous, il y a quelques temps.
Evidemment, comme nous pouvions emprunter des livres et que les enfants ont entendu qu'ils pouvaient emprunter jusqu'à cinq livres chacun, nous en étions ressortis avec pas moins de 18 BD, et 19 livres. A cinq, c'est pas mal...
Bon, faut savoir qu'une série de BD, c'est considéré comme un seul prêt, et j'avais emprunté entre autres les 18 tomes de XIII. Je n'avais jamais lu la fin...
Stella du haut de ses dix ans a choisi parmi ses emprunts Le stylo rouge de Marie-Claude BEROT.
stylo_rougeJ'ai lu alors le résumé au dos du livre, ce qui donne ceci :
J'aime bien l'école. Mais à l'école, personne ne m'aime.
Je reste seule pendant les récréations. Dans la classe, la place à côté de la mienne est vide.
Mon papa est parti un matin, comme tous les matins, mais il n'est pas rentré le soir. Quelques jours après, des gendarmes sont venus à la maison. Je crois, je n'en suis pas sûre, que c'est justement après la visite des gendarmes que plus personne ne m'a regardée.
Alors je m'invente des histoires...

Je lui avais dit que ça me semblait un excellent choix, que l'histoire avait l'air bien.
Et puis, j'ai dit aussi que je le lirais bien, quand elle l'aurait lu.
Elle l'a lu. Et elle me l'a apporté.
C'était il y a une semaine.
Et comme tous les papas débordés du monde, je n'ai pas eu encore le temps de le lire.
Ce soir, pour la seconde fois en quelques jours, elle m'a demandé si je l'avais lu.
Cela s'est passé dans sa chambre, car Stella lit le soir avant de s'endormir.
A haute voix.
La maison est bercée par sa voix qui s'élève de sa chambre, puis au bout d'un moment, elle éteint la lumière.
Et ce soir, BONG.
Elle s'est tapée la tête contre le montant de son lit.
Elle pleure, on accourt, et je lui fais un calin...
Je m'émerveille ( encore et toujours ) de la voir si grande déjà. Je le lui dis, elle sourit.
Là, elle me demande si j'ai lu cette histoire du stylo rouge...
Pas encore...
Elle me dit qu'il se lit vite. Les chapîtres sont courts, tu sais...
Alors, ce soir, je me suis dit que je pourrais bien le lire.
Et je l'ai lu.
C'est une très belle histoire.
Je me souviens de ce questionnaire de lecture, il y a deux ou trois articles en arrière sur mon blog.
Mon dernier livre lu ?
Le stylo rouge ( littérature pour jeunesse ! En gros, c'est comme si j'ai ramené du travail à la maison... ;-) )
Un livre qu'on m'a conseillé de lire ?
Le stylo rouge ! Et attention, conseillé par ma fille de dix ans !
Un livre qui m'a ému ?
Le stylo rouge.
Je ne dirais pas que j'ai pleuré, et peut-être que si je le disais, ce ne serait peut-être pas tout à fait un mensonge, mais bon, j'ai été ému par ce livre pour les enfants, qui parle si bien de l'enfance, de la douleur de l'absence d'un père, des non-dits, et des relations entre les enfants, du pouvoir libérateur et communicatif de l'écriture...
Moi, le prof de français, le passeur de livres, le passeur d'histoires, ma fille m'a passé un livre, m'a passé une histoire.
Quel bonheur.
Et demain, j'emmènerai ce petit livre au collège, et je le lirai à mes sixièmes...
Ben oui, faut bien que je fasse passer...
C'est mon tour.
Et toi, Ami Lecteur, quel que soit ton âge, même si c'est de la littérature pour la jeunesse, si tu tombes par hasard sur Le stylo rouge, de Marie-Claude BEROT, prends le temps de le lire, tu ne le regretteras pas.
Et ensuite, à toi...
Fais passer...

Posté par profdusud à 23:54 - Prof : un métier ! - Commentaires [3] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

lundi 6 octobre 2008

Au collègue gréviste-pêcheur

Bonsoir Ami Lecteur,

me revoilà de retour sur la blogosphère...
C'est le message d'un prof (ou quelqu'un se présentant comme étant un prof car j'ai un doute) qui me fait revenir sur mon blog ce soir...

Je cache son prénom pour ne pas l'ennuyer si c'est vraiment un prof, et je livre ici le message, car je souhaite lui répondre ici ( faut bien un prétexte pour refaire surface non ? ) :

Un visiteur de votre blog "Heureux qui comme Leto..." a souhaité vous contacter via le lien 'Contactez l'auteur' présent sur votre blog.

Voici son message :

les profs aux 35 heures

Tu es fou de publier une connerie pareille. Moi je suis prof au collège, je fais 18h+ 3sup et il est hors de question que j'en face 35 pour le même salaire. Je bosse au black à coté et je ne vois pas comment je pourrais faire. Moi aussi je dis à tout le monde que j'ai des cours à préparer, des copies à corriger, mais tu sais bien que c'est faux. Profs c'est la glande. Bonne nuit demain c'est repos, y a grève, moi je vais pêcher.

Evidemment, j'ai un doute.
Mais il y a de toutes sortes de prof, même de ceux qui ne comprennent pas que sur cet article, je ne prône pas les 35 heures, mais bien au contraire, je suis ironique.
Et il doit bien exister aussi des profs glandeurs, qui se planquent, même si honnêtement, je vous avoue que je n'en ai pas rencontré des masses !
Et il doit bien exister des profs ( si si cherchons bien ! ) qui fassent des fautes d'orthographe !
Hé oui, il faudrait écrire "fasse" et non "face"... Et aussi " prof, c'est la glande" et non 'profS'... Mais bon, ce sont deux petites fautes, je les imputerais à l'émotion... Quoique la première est surprenante pour un "prof".

Voilà ma réponse à ce "prof" :

Cher Nico, ( oups, c'est son prénom ! )

Sache que j'étais ironique dans mon article sur les 35 heures.
Et pour ta gouverne, demain, moi je ne vais pas à la pêche.
Non, demain, justement, j'ai des cours trop importants pour que je me permette de faire la grève pour aller à la pêche.
Et pourtant, nous en avons des motifs valables de faire grève !

Demain matin, j'ai un cours de LATIN à 8H.
Oui, je sais, je suis prof de lettres modernes, mais j'ai la joie d'enseigner aussi le latin...
Hé oui, le latin ! Encore des cours à préparer ! Une matière différente de la mienne, et je ne suis pas à la base formé pour l'enseigner !
Mais voilà, je ne suis pas prof pour glander, contrairement à toi.

Ensuite, j'ai mes classes de 5° puis de 6°, en français.
Faut bien que j'enseigne ma propre matière !
Surtout après l'année de folie qu'on m'a fait passer l'an dernier en lycée pro, à enseigner de l'histoire et de la géographie... ( je te laisse choisir entre aller te renseigner sur ces faits surprenants au fil de mon blog ou aller préparer ta canne à pêche pour demain.)
C'est un plaisir en tout cas d'enseigner de nouveau ce que j'aime, sans contraintes autres que celles que j'ai choisies moi-même ! Si j'étais catho, je dirais à ce moment-là "et Dieu sait que je m'en donne des contraintes !" ( avec un petit regard vers le ciel ) Mais je ne suis pas catho, donc je ne l'écrirai pas.
Je suis en ZEP, et je me régale !

L'après-midi, j'ai trois heures de FLE ( Français Langue Etrangère ).
Oui, je sais, j'aurais pu refuser de faire du F.L.E., et surtout ne pas accepter 9H de FLE par semaine, en plus de deux classes de français, et du latin. Surtout que je me retrouve à 23H/semaine devant les élèves.
Mais quand on est passionné, on ne compte pas, n'est-ce pas ?

Evidemment, demain matin, entre ma classe de sixième et ma classe de cinquième, j'ai une heure de 'libre" !
Ah quel glandeur je fais ?
Et bien vois-tu, cette heure de libre, je risque de la passer au téléphone, à tenter de joindre le principal adjoint d'un collège de Valence que je n'arrive pas à joindre depuis une semaine, et qui veut à tout prix me parler de vive voix pour qu'on règle le problème des élèves FLE de son établissement que nous accueillons dans le notre.
A moins que je ne joigne madame D. à propos de l'opération "collège au cinéma", parce qu'il nous manque des fiches élèves, alors que je suis allé à la séance spéciale pour les profs qui a duré tout un samedi, pour les récupérer, et qu'elles n'étaient pas prêtes, et que j'ai dû demander à un collègue d'y retourner dans la semaine, et qu'on lui a refilé 90 fiches 6° au lieu de 50 de 6° et 40 de 4°, et que je suis retourné le samedi suivant ( oui, c'est bien ça, sur mon temps de libre, au lieu d'aller à la pêche ) et qu'on m'a dit qu'il n'y avait plus de fiches pour le moment, et si je peux laisser mon numéro de téléphone, pour qu'on me contacte, oui, avant mardi après-midi pour avoir les fiches avant la séance des 4°.
( PS : tu as remarqué ? J'ai fait une phrase bien trop longue, avec une accumulation de conjonctions de coordination, hé bien non, ce n'est pas une faute de français, c'est une figure de style ! Hé oui, parce que moi, pour être prof mal payé et surchargé de boulot, je suis allé cinq ans à la fac ! )

A 16H, normalement, je termine ma journée au collège, je peux rentrer corriger mes copies ou préparer mes cours, ou encore m'occuper à mes loisirs qui me prennent également pas mal de temps, non je ne pêche pas, mais je joue au handball, hé oui, il y a une vie en dehors du collège !
Hé bien non, justement !
Demain, je reste après 16H !
Non, pas un Conseil d'Administration, bien que je sois effectivement inscrit sur la liste...
Non, simplement une rencontre parents-profs, pour les classes de sixième.
Bilan de rentrée, et retour des évaluations à l'entrée en sixième, soit une réunion, suivie d'une rencontre avec les parents pour leur remettre les évaluations.
Comme la réunion est à 17H30, en attendant, je pourrais rencontrer les collègues que je n'ai jamais que le temps de croiser trop rapidement à mon goût, et enfin échanger un peu sur nos pratiques, et voir avec le prof d'histoire que j'apprécie bien comment on peut faire de l'interdisciplinarité français-histoire.

A moins que je ne rencontre la prof de la classe UPI ( Unité Pédagogique d'Intégration ) pour que nous discutions de la manière dont nous allons faire travailler nos classes en commun, notamment sur l'opération Collège au cinéma, ou encore sur divers projets aussi intéressants les uns que les autres.
Et si je suis seul à attendre en salle des profs, je n'aurais plus qu'à réfléchir un peu au calme aux différents exercices de théâtre que je vais pouvoir proposer à ma classe de FLE ce mercredi après-midi, durant l'atelier théâtre que je vais faire avec eux.
Oui, tu as bien entendu, arrête de crier au fou ! On a le droit de travailler le mercredi après-midi ! Même si on voit moins ses enfants, qui eux n'ont pas école ce jour-là !
Mais vois-tu, ça permet aux élèves de FLE de manquer moins de cours dans la semaine, et ainsi, certains élèves super intéressants et dynamiques peuvent assister aux cours !
Que ferais-je sans Nariné, l'Arménienne, qui parle russe avec Alina en plein cours de FLE, qui est en FLE mais prépare en même temps un BEP secrétariat, et le pire, c'est qu'elle le réussira son BEP !
Et Alina, qui ne vient que le mercredi, comment pourrait-elle autrement nous parler de sa propre vision du monde, elle qui est russe, et a de la famille en Ossétie du Sud, en plein conflit Géorgio-russe ?

Non, demain, je ne fais pas grève.
Demain, je ne vais pas à la pêche.
Et puis, d'abord, la pêche, c'est trop calme, ça m'énerve !
Il manque le bruit de fond de la classe qui chahute gentiment, le raclement des chaises, le pas de la surveillante dans les couloirs, et le rire de Sarah aux bêtises d'Anwar.

Bonne pêche gréviste à toi demain.
Mais tu m'excuseras, je laisserai la canne à pêche que je ne possède même pas au fond du placard.
Et je continuerai à écrire des articles ironiques sur les 35H pour les profs quand j'en fais 45 ou 50 dans la semaine avec grand plaisir !

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lundi 1 septembre 2008

Triste pré-rentrée

Ami Lecteur,

avec la rentrée scolaire, voilà Leto de retour...
Enfin, ME voilà de retour, je ne vais parler de moi à la troisième personne non plus !

Aujourd'hui, c'était la pré-rentrée pour les enseignants.
Nul suspense pour moi, je connaissais mon emploi du temps depuis jeudi dernier.
Enfin, les mots "EMPLOI DU TEMPS" font un peu mal dans mon nouveau collège !
La principale adjointe de l'an dernier a pondu des horreurs.
J'entends déjà la lectrice rabat-joie qui grommelle :
- Et voilà, ça commence, ça ne bosse pas pendant deux mois, et ça rentre pour 18 heures par semaine, et ça veut un emploi du temps royal.

Mon emploi du temps me convient parfaitement !
Et toc !
Non, si les emplois du temps sont des horreurs, c'est qu'ils sont truffés d'erreurs, du genre une classe qui a trois heures d'espagnol à la suite, ou mon cours de latin du vendredi matin, avec des élèves latinistes qui font allemand, et qui sont censés avoir allemand ou latin sur cette heure-là !
A moins de faire un cours de latin directement en allemand, nous n'avons pas encore trouvé de solution...

Mais bon je n'ai pas envie de parler de ça.
Je n'ai pas envie de blaguer.
Désolé Ami Lecteur.

Cette pré-rentrée a été la plus triste de ma vie.

Aujourd'hui, je suis retourné travailler.
Aujourd'hui, après toutes les réunions, je suis allé seul dans ma salle de classe, MA salle de classe, Ami Lecteur, ça ne m'était pas arrivé depuis longtemps, une vraie salle de classe pour moi seul.
J'ai retiré toutes décorations antérieures, et demain, entre l'accueil des élèves et les réunions avec les parents, je commencerai à placer les prémices de ma propre déco, que je poursuivrai avec les élèves, pour faire notre déco.
Ce devrait être un jour de bonheur.
Et je dois avouer que je suis très heureux de retourner travailler, d'avoir bientôt mes élèves, de faire ce que je sais mieux faire au monde, ce que j'ai toujours rêvé de faire : enseigner.

Mais c'était un triste jour aujourd'hui.

Aujourd'hui, je suis retourné travailler.
Aujourd'hui, je suis entré presque religieusement dans ma nouvelle salle de classe.
Aujourd'hui, j'ai rencontré des collègues super sympas, avec qui je sens que je vais passer une super année.

Aujourd'hui, à 15H30, mon ami Joël a été incinéré.
Mon ami Joël, mon ami le prof.
Mon copain d'enfance.
Mon ami trop tôt disparu.

Aujourd'hui, c'était la pré-rentrée la plus triste de ma vie.

Joël n'est plus.
Joël, si bon, si doux, si gentil, si tendre, si tolérant, si agréable, joyeux et communicatif.
Joël, mon Joël, qui n'aura pas fait cette pré-rentrée.

Depuis deux jours que j'ai appris la terrible nouvelle, je suis si mal.
Je n'arrive pas à me dire qu'il n'est plus là.
Mais ce matin, alors que je faisais ma pré-rentrée, je savais que là-bas, à Thonon où il aurait dû retourner cette année, enfin guéri, Joël ne fera pas cette pré-rentrée.
Joël ne fera plus jamais de pré-rentrée.
Joël, qui connaissait tant de choses, qui me surpassait dans tant de domaines, ne pourra plus jamais transmettre son savoir, son plaisir des lettres, son bonheur d'être.

Dans ce genre de situation, on aimerait croire en Dieu, on aimerait croire qu'il existe un paradis, où Joël continue de parler de Proust, de Balzac et de Victor Hugo, avec son éternel sourire en coin.
Mais je ne crois pas en un tel paradis.
Aussi pour moi aujourd'hui, c'était difficile de cacher ma peine, de faire comme si.
Aujourd'hui, c'était ma plus triste pré-rentrée.
Et je me dis que je ferai toutes les suivantes en pensant toujours très fort à mon ami Joël, pour qu'il reste toujours en mon coeur, et que jamais, jamais son nom, son visage, son sourire ne soient oubliés.

Posté par profdusud à 20:24 - Prof : un métier ! - Commentaires [14] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

mardi 8 juillet 2008

GPS pour les nouveaux profs !

vangogh8Ami Lecteur,

tu sais comment on trouve plus facilement mon nouveau collège ?
Non ?
Bon, allez, je vais te le dire !

La première fois que j'y suis allé, je n'ai pas su trouver tout seul.
Et pourtant, je connais la ville, j'y ai fait mon DEUG ! J'y ai été pion, et j'ai même été pion dans un lycée tout proche, le genre qui craint bien.
Donc, le quartier, je connais !
Je savais bien que ce n'était pas le plus réputé.

J'ai quand même vérifié sur le net où c'était très précisément.
Bon, facile, tu suis le périphérique, et juste pas loin avant d'arriver au rond point avec un Mac Do, hop, tu as le collège sur ta gauche.
Avec pagejeunes.fr, oups, pagesjaunes.fr, tu as le plan, et même la vue aérienne.
Oups, la cité est vraiment pas loin, on dirait...
D'ailleurs, sur le plan, et même sur la vue aérienne, tu ne sais pas trop quels bâtiments font partie du collège et lesquels font partie de la cité.

Bon, je suis en voiture, je suis le périph'.
Hé hé hé ! L'Ami Lecteur notera le sens différent de ce même verbe employé à deux reprises dans la même phrase ! Purée, je suis trop fort ! Leto le littéraire !

GPSEt vlan, voilà que j'arrive au rond point du Mac Do !
Et je n'ai vu aucun panneau indiquant le collège !
Bizarre, d'habitude, c'est bien indiqué, quand même.
Allez, demi tour.
Va falloir que je les appelle.

Bon, j'ai mon téléphone portable, parce que je suis moderne, ouais, et puis aussi parce que j'aime bien les machins bizarres qui te font des trucs pas nets qu'on ne verra les effets sur ton cerveau que dans dix ou vingt ans, genre je préfère l'eau de mon thé chauffée au micro-ondes plutôt que dans la bouilloire classique !
Non, mais sans blague !
La bouilloire, même quand on la nettoie régulièrement, y a plein de dépôts, c'est dégueu, non ?
Le micro-ondes, paraît que c'est dangereux.
Mais bon, on verra ça dans vingt ou trente ans, si je suis toujours vivant !

Bref, j'ai mon téléphone portable, avec mon main libre, bien entendu.
Hop, j'appelle le collège, et une dame me répond, je lui dis que je suis perdu, et elle m'indique le chemin.

Tu vas voir, Ami Lecteur, c'est super simple !
Tu vois le périph' de Valence ?
Bon, si tu connais, ben tu suis le périphérique, tranquille quoi.
Et quand tu vois le Speedy qu'a brûlé, tu sais que tu te rapproches.
Ben oui, ils ont brûlé le speedy du coin.
Là, je m'imagine que le prof qu'est pas du coin et qui ne sait pas encore que le quartier n'est pas le plus réputé de la ville, il doit commencer à se poser des questions.

Bref, Ami Lecteur, quand tu vois le speedy, tu prends la route qui passe devant, genre direction l'école régionale des Beaux-Arts.
Facile !
Speedy brûlé ! Tu es sur la voie !

Et là, de suite après le speedy, hop, tu prends la première rue à gauche.
Et là, c'est de plus en plus facile, tu vas voir.

Tu suis la rue en question, et tout au bout, un peu comme dans une impasse, le collège !
Même que c'est super facile, parce que là, tu vas voir un portail brûlé lui aussi !
Si, si c'est vrai.
Ils ont brûlé le portail du collège.
Oui, aussi.
Ils ? Je ne sais pas qui c'est, ce "ils", mais là encore, j'imagine le prof qui débarque d'une autre région, genre les banlieues difficiles, tu sais, ce prof qui a enfin obtenu sa mutation dans le sud-est de la France, et bien, il doit se sentir super bien accueilli, parce qu'on a soigné le détail, il n'est même pas dépaysé.

J'ai souri quand on m'a ainsi indiqué le chemin.
Mais le pire, c'est que tout le monde fait de même.
J'étais en rendez-vous avec le principal, il reçoit un coup de fil, il explique au téléphone comment venir.
Et bingo !
Il mentionne le speedy brûlé.
Re-sourire.
Franchement, faudrait qu'on le refasse ce speedy !

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mercredi 2 juillet 2008

Homère et Elissa racontent...

theatre1Ami Lecteur,

je te parlais il y a quelques temps déjà des répétitions de théâtre à l'école de Stella, avec 20 élèves du CE1 au CM2...
Et bien, voilà, le spectacle a eu lieu !
Les conditions n'étaient pas des meilleures pour les enfants, et je suis persuadé que plus jamais je ne ferai de spectacle dans ce genre de circonstances !
Mais ils ont été bons, ils ont su gérer le stress, le soleil de plomb sur la scène en extérieur de 11H à 12H, une entrée de scène en fond alors qu'on nous avait dit qu'elle serait sur le côté droit et que nous avions répété avec certains décors imposants dans cette optique d'entrée sur le côté !
Bref, ils ont été excellents. Et de manière générale, le spectacle a plu. Les enfants ont surpris les parents par le travail qu'ils ont pu réaliser... malgré tout, malgré certains parents parfois.
Evidemment, avec le soleil, et surtout avec ce changement d'entrée sans que les enfants aient jamais pu répéter sur cette scène avant le jour J, l'acte II a été un peu plus laborieux à certains passages.
Ce qui a bien plu, c'est l'impromptu et l'acte I.
Fort heureusement, ils ont terminé en chantant la chanson de Ridan, Ulysse.
Ce qui a redonné un certain tonus sur la note finale !

Rien ne vaut le plaisir de voir ces étoiles briller dans leurs yeux à la fin du spectacle, quand ils sortent de scène sous les applaudissements des spectacteurs.

stella_theatreJe ne peux mettre sur ce blog une photo globale, avec certains des décors, car souvent les enfants sont devant. Alors je montre juste une photo de Stella, alias Elissa la narratrice.
Comme tout parent, évidemment, j'étais fier de ma fille.
Même si personnellement, je l'avais vu évoluer dans ce rôle durant les répétitions, et je savais donc déjà qu'elle avait fait un gros travail personnel sur son rôle.

Les enfants m'ont fait cadeau d'une carte avec pleins de petits mots gentils dedans. J'ai été très touché.
Evidemment, Ami Lecteur, je ne la scanne pas pour te la montrer sur ce blog, car ils ne signent pas avec des prénoms italiens, et je ne veux pas heurter les parents en indiquant les prénoms des enfants sans autorisation.
Mais en tout cas, j'étais très heureux de recevoir cette carte.

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mardi 24 juin 2008

Comment répondre à une provocation ?

dali1Ami Lecteur,

tu dois te demander comment un prof prépare ses cours.
Je sais qu'il y a des personnes qui croient encore que le prof arrive en classe sans n'avoir rien préparé, et se contente de faire ouvrir le livre à la page 182, et d'étudier avec les élèves la leçon qui s'y trouve.
Par souci d'honnêteté, je t'avouerais, Ami Lecteur, que cela aussi, il m'est arrivé de le faire ! Surtout durant l'année qui vient de s'écouler, dans une matière imposée à moi, et dans laquelle finalement j'ai découvert que je n'étais pas tant à l'aise que cela ! ( s'il veut éviter de me prendre pour un fainéant de plus, l'Ami Lecteur nouveau sur ce blog prendra évidemment le temps de lire mes premiers articles, qui expliquent comment j'ai été volontaire d'office contre mon gré ! )
Mais je mettrai l'année qui vient de s'écouler entre parenthèse dans ma carrière, et je vais au plus tôt l'oublier !

Et oui, le prof prépare son cours !
Il fait des séquences de cours, dans lesquelles chaque séance est pensée, calculée, préparée.
Parfois même, le prof va tâcher d'amener ses élèves jusqu'à un résultat qu'il aura préparé soigneusement, mais en le faisant de manière à ce que les élèves pensent que ce sont eux qui y parviennent, comme si rien n'était prémédité par l'enseignant !
Le prof réfléchit donc en termes d'objectifs, de niveau initial de l'élève, de pré-requis, de contexte pédagogique, de compétences visées, d'évolution possible du travail vers une autre séance, voire même de l'évolution de la séquence vers une autre séquence, articulant tout cela comme quelque chose qui découle naturellement, créant un sens logique aux apprentissages des enfants.

Bref, pour le plaisir de l'exemple choisi tout à fait au hasard, voici comment cela se présente sur le cahier du prof :

INSTRUCTION MORALE et CIVIQUE

(Exemple de fiche de préparation)

Chapitre du programme concerné : La politesse.

Intitulé de la séquence : Comment répondre à une provocation.

Séance n° 1 : Econduire un importun de manière civile.

Contexte pédagogique :

Objectif : S'approprier un langage et un vocabulaire adapté à un contexte, une situation et une personne donnés.

Compétence du socle commun  visée : être capable de s'exprimer dans un registre présidentiel.

Point de départ :

Proposer aux élèves d'imaginer la situation suivante :

"Lors d'une visite au salon de l'agriculture, un professeur prend un élève par le bras pour l'inviter à suivre le reste de la classe au lieu de lancer des invectives et des quolibets à un visiteur de petite taille, en visite officielle et occupé à comparer les louches et les cuillères qu'on lui tend. "Me touche pas tu me salis" lance l'élève en colère. "Alors casse-toi pauvre connard" rétorque gentiment le maître.

Déroulement de la séance :

1)    Diviser la classe en deux groupes. L'un travaillera sur "Me touche pas tu me salis", l'autre sur "Alors casse-toi pauvre connard".

Consigne : dans la phrase qui vous est attribuée, relever à l'aide du tableau suivant les mots et expressions relevant des différents niveaux et registres de langage.

Langage présidentiel

Langage soutenu

Langage courant

Langage populaire

2)    Inviter les élèves à proposer à l'oral leur classement. Ne pas manquer de faire remarquer que l'essentiel de la phrase n°1 se situe dans le niveau courant, voire populaire (comme l'indique la négation tronquée du "ne" dans "Me touche pas"), alors que l'essentiel de la phrase n°2 se situe résolument dans le niveau de langage présidentiel.

3)    Les élèves seront ensuite invités à réfléchir sur deux expressions :

a.    "Casse-toi". Il est intéressant de commencer par une recherche de synonymes dans le même registre : "Barre-toi", "Dégage", "Trisse", "Ripe ton cul"… Ce qui amène à faire constater par les élèves la richesse du registre présidentiel.

Il est tout à fait possible que, par esprit de provocation, un élève propose "Va t'en" ou pire encore, "Voudriez vous s'il vous plait cesser de m'importuner". On fera remarquer (en stigmatisant l'insolence, au passage) que l'expression "Va t'en" est beaucoup trop dure dans la bouche et donc très irrespectueuse. On entend presque "Satan !"

Quant à "Voudriez vous s'il vous plait cesser de m'importuner", on invitera les élèves à en mesurer le côté ampoulé et chichiteux qui traduit suffisamment le mépris d'une personne à l'encontre de son interlocuteur pour en conclure que ce genre de propos est à classer dans la catégorie "à éviter absolument en toutes circonstances".

b.    "Pauvre connard". Il n'est pas utile de s'appesantir sur le vocable connard qui a déjà fait l'objet d'une étude approfondie, lorsque nous avons évoqué, en classe, la triste affaire de cet enseignant fou et indigne de sa profession, qui s'est laissé aller à une violence physique inouïe et inqualifiable, lorsque l'un de ses élèves l'a aimablement affublé de ce qualificatif.

On se contentera de rappeler que "connard" est un diminutif sympathique et doux du mot "con" qui vient du bas français "connil" lui-même dérivé du latin "coniglius" et signifiant "lapin". On voit par là toute la gentillesse et la douceur qu'il y a à qualifier son prochain de con, ou encore mieux de connard.

Avec les plus petits, il ne sera pas utile d'évoquer la triste utilisation déviée et déviante du mot "con", dans une connotation bassement sexuelle et qui plus est dégradante pour les lapins (Ce point sera d'ailleurs revu lors d'une séquence sur le respect du monde animal au cours de laquelle vous inviterez Brigitte Bardot à expliquer comment toute sa vie a tourné autour de ce mot, de ses débuts à l'écran à son amour des lapins aujourd'hui, en passant par sa période fourrure.)

Par contre, il convient de s'attarder sur le qualificatif "pauvre" précédant le mot "connard". D'abord pour faire remarquer que le terme qualificatif n'est ici pas approprié, puisque nous nous situons de manière intrinsèque dans le domaine de l'injure et de l'insulte.

Traiter quelqu'un de "pauvre" est d'une rare violence. Les pauvres sont en effet la lie de nos sociétés ultralibérales. Le pauvre est un être sans ambition, le contraire d'un battant. Bref c'est un looser et il est lui-même une injure à notre foi dans le capitalisme.

Autant traiter quelqu'un de "bon à rien", de "fainéant" ou encore de "parasite" !

En conséquence, il est primordial de faire remarquer aux élèves que, même si l'on peut comprendre qu'un mot puisse parfois nous échapper, sous le coup d'une juste colère par exemple, il convient de bannir le mot pauvre de notre vocabulaire comme on bannit le pauvre lui-même.

En conclusion, les élèves devront être amenés à dire que, dans la situation étudiée, il aurait mieux valu que le professeur s'en tienne à "Casse-toi connard" qui comme la séance l'aura bien mis en évidence reste dans un registre amical, sympathique, affectueux et respectueux. Au passage on aura donné par la même occasion une leçon d'humilité aux élèves en démontrant qu'un professeur n'est pas infaillible.

En résumé : "Casse-toi connard" est tout à fait du registre présidentiel et est sans aucun doute la meilleure façon d'éconduire poliment un importun.

Toutefois, il conviendra de faire remarquer aux élèves qu'il faut absolument s'abstenir de lancer "Casse-toi pauvre connard" au beau milieu du salon nautique et de la navigation de plaisance eu égard à l'étymologie du mot "connard". Le lapin étant banni du pont de tous les bateaux comme le pauvre de celui des yachts !

Prolongements possibles :

-          En français : il semble indispensable d'étudier quelques formes emphatiques pouvant de manière intéressante enrichir et renforcer l'expression, comme :

"Casse-toi tu pues, connard dégénéré !"

-          En histoire : il serait utile d'étudier l'évolution positive du registre de langage présidentiel qui nous a fait passer en quelques décennies (à savoir de Charles De Gaulle à Nicolas Sarkozy) de veaux à lapins.

-          En économie, on traitera le paradoxe suivant :

Comment envisager un bannissement rationnel et efficace des pauvres alors même que l'on en produit des quantités de plus en plus importantes ?

-          En maths/sciences : Etudier les implications mathématiques et physiques d'une expression comme : "Y'a pas à tortiller du cul pour chier droit". Expression dans le droit fil de notre leçon de morale du jour et qui signifie que l'on a tout à gagner à être franc et direct.

-          En anglais : proposer aux élèves de traduire "casse-toi connard". Cela donnera quelque chose comme : " Get the fuck out of my way you bastard ". Ce sera l'occasion de vérifier si la traduction permet de passer de la forme Présidentielle à la forme Royale, ce qui serait une bonne nouvelle tant pour Elisabeth que pour Ségolène.

Prochaine séance :

Le thème n'en est pas encore défini, il suffit à l'enseignant consciencieux, pour sa leçon quotidienne, de lire les journaux ou d'écouter la voix de son maître à la radio ou à la télé.

Posté par profdusud à 10:30 - Prof : un métier ! - Commentaires [5] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

lundi 23 juin 2008

La bivalence ! (2)

latin2Affiche réalisée par des élèves de mon académie ( voir toutes les affiches ICI )-->

Ami Lecteur,

dans l'article précédent, je parle de l'enseignement du français et du latin, ce qui fait appel au terme bivalence.

Un enseignant bivalent est un prof qui enseigne deux matières.
Quand ceux de ma génération étaient élèves, nos profs étaient souvent bivalents.
Ainsi, monsieur DUPRE ( voir pourquoi je suis prof ? ) enseignait le français, mais aussi l'histoire-géographie.
Mais depuis, dans les collèges et lycées d'enseignement général, la bivalence avait été supprimée. Seuls les profs enseignant en LEP pouvait enseignaient encore deux matières.
Lettres-histoire.
Lettres-anglais.
Maths-Physique.
etc.

Récemment, la bivalence a refait son apparition dans l'enseignement général.
Les CAPES sont désormais bivalents. C'est à dire que l'étudiant se spécialise toujours dans une matière, mais doit choisir une seconde matière complémentaire.
Quant aux enseignants n'étant pas bivalents, ayant passé un CAPES avant le changement, ils sont incités à devenir bivalents : celui qui enseigne une autre matière que la sienne depuis plus de trois ans, pour au moins deux ou trois heures par semaine, peut faire valoir cette expérience et recevoir sa bivalence.
Pour les autres, il est possible de demander à passer la bivalence.
Et pour inciter le prof à se lancer dans l'aventure, une prime d'environ 100 euros par mois est créée.

Sauf que les enseignants en LEP, eux, qui sont bivalents depuis toujours, bien entendu, on ne leur parle pas d'une éventuelle prime de bivalence !

Posté par profdusud à 19:19 - Prof : un métier ! - Commentaires [3] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

La bivalence ! (1)

latin<-- Affiche réalisée par des élèves de mon académie ( voir toutes les affiches ICI )

Ami Lecteur,
et plus spécialement Arycie,

j'ai lu ton commentaire suite à l'article Premier Contact , et je copie ton commentaire ici pour que chaque lecteur puisse le découvrir s'il ne l'a pas encore lu.
Bien entendu, l'Ami Lecteur désireux de savoir de quoi nous parlons sera allé lire Premier Contact...

Salut !
J'ai lu ton post avec attention ; il se trouve que moi aussi, je me suis retrouvée à faire du FLE dans mon petit bahut... Mais y a un truc qui me turlupine...
Les profs de lettres classiques sont spécialement formés pour enseigner les langues anciennes... Si dans les fait, cela devient une politique d'établissment de faire assurer ces heures par des enseignants de lettres modernes, à terme, ce sont des postes de lettres classiques qui sont menacés...

Posté par arycie, lundi 23 juin 2008 à 11:33

Arycie, j'ai commencé par faire comme d'habitude, je te répondais dans un autre commentaire.
Et je me suis vite aperçu que ma réponse était trop longue pour un commentaire.
Aussi je te réponds directement dans un article sur la bivalence.

Arycie,
je suis bien entendu d'accord avec toi.
Mais bon, il ne faut pas rêver, lol, si tu as lu un peu mon blog, tu auras découvert que j'ai été placé volontaire d'office contre mon gré sur un poste de LEP en lettres-histoire cette année, en poste toute l'année ! ( lire l'article
VOLONTAIRE )
C'est la politique actuelle de placer les enseignants ( et donc les TZR ) dans des matières dites proches afin de combler les 'trous'.
Des profs de technologie sont poussés vers des postes de maths par exemple, et ils font tout pour que ces profs décident d'y rester !
Si je refusais d'enseigner, que dis-je enseigner, si je refusais de faire semblant d'enseigner l'histoire, la géographie, l'instruction civique, pendant un an, ils me retiraient purement et simplement mon salaire !
Donc, je n'avais pas le choix !

Mais je ne vais pas ( encore lol ) me plaindre de ma condition de TZR, qui est d'ailleurs révolue...
Revenons au sujet du français et du latin dans ce collège-là :
Que se passerait-il si aucun des profs du collège n'acceptait d'enseigner le latin ?
Pour les besoins de service, le principal aurait le droit peut-être d'imposer ça à un des enseignants ! ( tirage à la courte-paille ? Choix de celui qu'il apprécie le moins ? )
AUCUNE importance pour le rectorat tant qu'un prof enseigne le latin.
Ou mieux : ils retireraient le latin de ce collège !
Finalement, ne soyons pas dupes : il est prévu de retirer les options de certains établissements, pour des simples soucis d'économie.
Ainsi, au lieu d'avoir x collèges où on peut faire latin, dans une même ville, un ou deux collèges seulement auraient cette option !
Dans ce collège, donc, il n'y a pas de poste de lettres classiques.
Et quoi qu'on fasse, il n'y en aura pas.
Maintenant, on a le choix : soit on ne fait pas de latin, et on ferme l'option, soit un prof de lettres modernes accepte de faire du latin, soit on nous l'imposerait peut-être.

Je comprends le point de vue qui consiste à dire : alors REFUSONS !
Nous ne sommes pas formés spécifiquement pour enseigner le latin, ne l'enseignons pas !
C'est soit un prof de lettres classiques, soit plus d'option !
Je suis donc entièrement d'accord avec ton commentaire.

Mais je suis persuadé que dans ce cas précis, ce sera "plus d'option".
Ne rêvons pas.

Donc, dans un collège où il y a déjà des élèves issus d'un quartier "difficile", avec des situations personnelles souvent peu évidentes, des difficultés scolaires, et qui ne peuvent pas aller ailleurs à cause de la carte scolaire, ou parce qu'il n'y aurait plus de place dans d'autres collèges de la ville,... par souci de protéger les profs de lettres classiques, en plus de tout cela, on va fermer l'option latin ?
Pour ceux qui peuvent la suivre dans ce collège, n'est-ce pas une chance ?

On peut aussi répondre que ceux qui ont le niveau pour faire du latin auront justement alors la chance de pouvoir demander une dérogation pour un autre collège où on l'enseignerait !
Mais alors... on "retirerait" à un établissement ayant déjà une image de "collège difficile" ses meilleurs éléments pour les envoyer dans de "bons" collèges de centre-ville ?
Comment faire encore mieux des collèges ghettos !

Et le pire, c'est que dans cet établissement, il y a un prof de lettres modernes, ton serviteur, Leto, qui serait enchanté de faire du latin !
Quel dommage de ne pas me permettre de faire du latin avec ces élèves qui veulent en faire, mais n'ont pas de prof de lettres classiques !
Alors que pendant ce temps, on balance des profs de lettres modernes sur des postes de LEP en lettres-histoire ?
Ce ne serait pas tout autant du "foutage de gueule" ?

Bien entendu, je précise qu'à l'origine, je ne cherche pas à remplacer un prof de lettres classiques, je n'ai pas demandé un poste de lettres classiques, je n'ai pas fait savoir que cela m'intéresserait.
Mais j'ai toujours été dans l'optique de demander une fois en poste des heures de latin, au moins deux ( soit par exemple une classe de cinquième ) par semaine.
En règle générale, le prof de lettres classiques est bien content parce que cela lui permet de faire un peu plus de français à côté de ses cours de latin... Combien de profs de lettres classiques se retrouvent à faire uniquement du latin pendant des années parce qu'aucun collègue de lettres modernes ne veulent faire un peu de latin ?
N'oublions pas que le prof de lettres classiques est aussi un prof de français !
Donc, en général, ça se fait, j'ai déjà enseigné le latin pendant trois ou quatre années, avec un prof de lettres classiques dans le collège bien entendu.
Là, évidemment, je comprends ton questionnement, Arycie : le problème est qu'il n'y a pas de prof de lettres classiques dans ce collège, c'est un peu différent.

interrogation
Que me conseillerais-tu de faire ?
Refuser de me faire plaisir en enseignant le latin ?
Dire au principal que oui j'adorerais faire ça, mais que je ne veux pas prendre la place d'un prof de lettres classiques, sur un poste inexistant ?
Et donc, si les collègues font de même, faire fermer cette option dans le collège ?

( dans l'article suivant intitulé La bivalence (2), je vais expliquer ce qu'est la bivalence dans l'enseignement, et ce qui est fait à ce sujet en ce moment. )

Posté par profdusud à 18:31 - Prof : un métier ! - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

samedi 21 juin 2008

Premier contact

classeAmi Lecteur,

voilà un peu comment ça se passe quand un prof est muté.
Tout d'abord, il prend contact avec le chef d'établissement où il va exercer l'année suivante.
Ensuite, s'il est dans la région, il n'a qu'une hâte : découvrir les lieux, l'établissement même.
Et s'il n'est pas encore sur la région, il devra attendre le mois de septembre.
Bien entendu, l'enseignant qui arrive dans la région durant les vacances va pouvoir venir roder autour de l'établissement, repérer un peu les lieux, les alentours, les bâtiments vus de l'extérieur...

Pour ma part, j'ai contacté par téléphone le principal.
Ne descendant pas sur Valence avant la semaine prochaine, j'ai donc juste eu un premier contact téléphonique.

J'ai su le jeudi après-midi que j'étais muté sur ce collège.
J'ai donc immédiatement appelé.
Sonnerie... Pas de réponse.
J'attends un peu. Je tente de nouveau d'appeler...
Sonnerie... Pas de réponse.
Je regarde l'heure.
16H32.
Hum, 16H32 ? Et plus personne ?
Etonnant.
Soit ils sont très occupés, soit ils ont tous évacué les lieux dès la fin des cours à 16H.
ça ne se termine pas à 17H les cours dans un collège ?
Un principal, ça ne travaille pas tard le soir ?
Surtout en cette période de fin d'année scolaire...
Bon, je tente encore, il doit bien y avoir quelqu'un !
Parce que bon, c'est vrai quoi !, un collège où tout le monde file vite à la sonnerie, ça ne veut pas dire qu'on s'y trouve bien !
Sonnerie... Une réponse... Voix de femme, jeune.
Le principal est occupé à la remise des prix de fin d'année, il ne pourra pas me répondre ce soir. Puis-je appeler demain ?
Ouf ! ça va !
Il y a de la vie dans les lieux !
Il y a une remise des prix, il y a un principal !
Bon j'appelle demain !

Le lendemain, vendredi, 8H30, j'appelle...
Je sais, je suis impatient !
Le principal est au téléphone, puis-je rappeler dans cinq minutes ?
Bon, j'attends cinq minutes, allez dix pour ne pas le harceler non plus, et je rappelle.
Et je l'ai au téléphone...

Après m'être rapidement présenté, je lui demande s'il sait quels niveaux je vais avoir.
Effectivement, si je veux préparer au mieux l'année scolaire, durant l'été, il vaut mieux savoir si je vais avoir des sixièmes, des cinquièmes, des quatrièmes ou des troisièmes.
Oui, oui, Ami Lecteur, tu as bien entendu. J'ai bien dit "durant l'été".
L'Ami Lecteur sceptique qui a d'abord pensé qu'un prof, ça glandouille jusqu'au 5 septembre, rétorquera que sur deux mois de vacances, ça ne prendra pas beaucoup de temps de s'organiser pour la rentrée prochaine.
Mais voilà, plus j'en fais pendant les vacances scolaires, en terme de préparation de séquences, moins je serais à la bourre durant l'année scolaire elle-même.
Pour avoir reçu mon affectation il y a un an un 28 juin, pour une pré-rentrée trois jours plus tard, sans savoir quelles classes j'aurais, sans avoir jamais enseigné l'histoire-géo ou le français en LEP, ah les joies du TZR affectable à volonté sur n'importe quoi, pourvu qu'il bouche un trou, sache que cette fois-ci, je suis super content de savoir à l'avance sur quels niveaux je vais enseigner !
Et mes vacances d'été vont être studieuses !

Bref, le principal m'annonce qu'il ne sait pas encore.
Jusqu'à très récemment, ils ne savaient pas si une section n'allait pas fermer, et il ne pouvait donc pas attribuer les niveaux pour les enseignants.
Il saura cela prochainement.
Il m'apprend que nous serons trois enseignants en lettres : deux femmes à mi -temps, et moi.
Je me dis : tiens je suis le seul sur un poste à plein-temps dans ce collège...
Et là, le principal, il doit lire dans mes pensées à travers le téléphone ! , j'apprends q'en fait le poste n'est pas un temps plein.
Il y aurait un complément de service sur un autre établissement, ce qui n'est pas toujours l'idéal pour plusieurs raisons :
1- il est un peu moins aisé de s'investir dans un établissement quand on passe sans cesse de l'un à l'autre.
2- si les établissements ne sont pas dans la même ville, je pourrais me retrouver à faire encore de la route, ce que j'ai voulu éviter à tout prix.
3- lorsque les réunions, conseils divers, tombent à des dates identiques, il faut faire un choix.

Je demande quel est l'autre établissement. Et me demande pourquoi on ne me l'a pas annoncé au rectorat.
Le principal ne saurait le dire, car cela peut évoluer d'année en année...
Je demande quel était l'établissement cette année, en priant que ce ne soit pas trop éloigné de Valence.
C'était le collège de centre-ville où j'étais pion il y a une dizaine d'années.
Petite pensée : ça va, si c'est le même, c'est sympa.

Je lui demande s'il y a du latin dans le collège. J'aime bien demander par la suite à avoir une classe d'élèves en latin et en français. Et faire un peu de latin. Mais là, je n'ose pas trop parler de ça d'emblée, je lui demande juste s'il y a du latin dans le collège, il me dit que oui, mais une classe à effectif réduit.
Bon, c'est une bonne chose.

Et là, le principal me demande si je serais éventuellement intéressé par du FLE.
Le FLE, Ami Lecteur, c'est du Français Langue Etrangère : enseigner le français à des primo-arrivants ou à des enfants qui sont en France depuis quelques temps, mais ont des difficultés puisque ce n'est pas leur langue maternelle.
Je lui dis que oui, cela m'intéresse.
Et je signale que j'ai une licence de Lettres Modernes, mention FLE.
Là, le principal est surpris, il me fait répéter.
Oui, j'ai une licence mention FLE.
Evidemment, là il est très intéressé.
Dans le lycée où j'étais cette année, ils cherchaient quelqu'un qui voudrait bien faire du FLE, je ne m'étais pas signalé, je faisais déjà 100 km par jour aller-retour, pour enseigner de l'histoire en plus du français, je n'allais pas faire du FLE en plus !
Je sais donc que ce n'est pas évident de trouver quelqu'un qui accepte de l'enseigner, et qui soit un minimum formé pour cela.
Pourtant, le FLE, c'est des heures bénies en quelque sorte, car on se retrouve seul avec un élève, voire avec deux ou trois. Dans un établissement difficile, ça repose de certains cours peu évidents, c'est certain.
Mais je ne m'engage pas à la légère : enseigner le FLE, si on veut vraiment aider l'élève, et c'est le but n'est-ce pas, ça demande un gros travail en amont, de préparation de cours.
Bref, voilà que le principal me propose de faire du FLE : j'ai accepté avec plaisir.

Là, je me dis que le contact est bon, je peux peut-être reparler un peu du latin.
Qui sait ? Si les emplois du temps ne sont pas faits, peut-être y aurait-il la possibilité de faire deux heures de latin avec une classe ?
Je demande si c'est un prof de lettres classiques qui fait le latin.
Il me répond que non, en fait, il n'ont pas de prof de lettres classiques dans le collège !
Et il me demande si par hasard cela m'intéresserait de faire du latin !
Oui, avec plaisir.

Il est tout content et me dit que je suis la perle rare qu'il attendait.
Bon, ça fait plaisir, je le remercie.

Il me dit qu'il va voir ce qu'il peut faire, mais que s'il ajoute du latin et du FLE à mon emploi du temps, il pourrait trouver le moyen de me garder à plein temps sur le collège.
Là, je suis super content, évidemment !
Ainsi, je pourrais m'investir à fond dans un établissement, plutôt que de me retrouver entre deux.
Et puis, s'il n'y parvient pas, et que l'autre établissement est sur Valence, et en prime le collège où j'avais été pion, ça va !
Les deux options me conviennent.

Il me dit qu'il va m'envoyer un mail dans lequel il me donnera celui des deux collègues de français, et nous prenons rendez-vous pour la semaine prochaine, à 18H.
Il en saura plus sur les niveaux que j'aurai et s'il a pu me garder à temps plein.
Je lui dis que je saurai alors à quelle sauce je vais être mangé.
Il rigole et me dit : - non, nous ne vous mangerons pas !
Il ajoute: - nous vous dévorerons !

Voilà, Ami Lecteur.
Premier contact bien sympathique.
Avec de la chance, je vais faire un peu de FLE, un peu de latin, en plus du français !
De quoi changer de la routine quotidienne, de quoi se motiver davantage, mais en restant cette fois-ci dans le créneau dans lequel je me suis formé ! Les lettres !
C'est vrai quoi, l'histoire-géo, c'est bien sympa !
Mais le latin et le FLE, c'est bien mieux !

Posté par profdusud à 08:07 - Prof : un métier ! - Commentaires [12] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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